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Isolation : échanges autour de la laine et du liège (été 2007)

Publié le 19 octobre 2007, mise à jour le 21 mars 2012


N.C. : des indications intéressantes de la part d’un fournisseur d’isolant manufacturé en laine pour la pose de suint : http://sboileau.club.fr/page2.html. Je crois que le propos est équilibré. De plus il laisse la porte ouverte aux retours d’expériences.

P.B. : Le propos est équilibré en effet. Il éclaire la question, mais sans la résoudre : ceux qui isolent en laine non traitée chimiquement prennent un risque certain de destruction par les mites, après un délai qui peut être court. Jadis - je dis jadis de plus en plus souvent, ça doit être l’âge... - il ne serait venu à personne l’idée d’isoler une maison avec de la laine. La laine était un produit noble, bien trop précieux pour le gaspiller à ça. Avec on faisait des pulls et des couvertures, dont on prenait soin, mais qui vieillissaient quand même, par l’usage et aussi par les mites qui se chargeaient de recycler tout ça. Donc il en fallait toujours, et la vente de la laine payait largement le tondeur et l’éleveur. En 1947 ou 48, on pouvait s’acheter une moto avec le produit de la vente de 15 toisons de brebis : combien de motos faudrait-il aujourd’hui pour isoler une maison ? balle de laine Les textiles synthétiques ont réduit le marché de la laine naturelle à la portion congrue, et la place restante est prise par la laine de Nouvelle-Zélande ou de Patagonie, où elle n’est que le sous-produit d’une viande produite quasi gratuitement, expédiée en Europe et ailleurs en cargo-frigo.

Tant que la laine est gratuite, il est tout à fait légitime de chercher à en faire quelque chose, et tant que les mites ne l’ont pas mangée, c’est assurément un excellent isolant. Mais ce choix n’est possible que dans une économie complètement folle. laine en vrac C’est la même folie qui amène les gens à brûler du grain de blé ou de maïs dans des poêles à granulés, parce que c’est moins cher.

Tout ça ne saurait durer longtemps, aussi pour ma part je m’abstiens de recommander la laine comme isolant, mites ou pas mites, avec ou sans son suint.

X.M. : Mais alors ce fournisseur n’a pas plus de raison d’être que tous ceux qui profitent de la vague des isolants du même genre économique ? Les copeaux de bois, la sciure, les granulés, la paille... Ça devrait retourner en amendement pour l’agriculture, non ? Pourquoi isoler avec du liège alors qu’on retrouve des bouchons en plastique imitation liège maintenant ?

Jadis, comme tu dis... Et jadis on fabriquait des jouets en plastique à partir du lait ! Le débat de l’utilisation des ressources n’est pas aussi raisonnable qu’il en a l’air je pense. Tout dépend de quel côté on se place et du ressenti, du vécu, de la symbolique de chacun. Un agriculteur va brûler du bois plus facilement qu’un charpentier ou qu’un menuisier. Il faudrait un tribunal des ressources équitables, voire un ministère !

P.B. : Je pense qu’il y a une grande quantité d’entreprises, de bureaux, d’institutions et d’activités en tout genre qui n’auront bientôt plus de raison d’être. La raison d’être n’a pas de raison d’aller systématiquement avec l’être.

Je me situe délibérément dans la perspective d’une économie autonome, sobre, stable et durable et, dans cette optique, la laine comme matériau de construction n’a pas beaucoup de raison d’être. Les co-produits végétaux isolants, par contre, c’est complètement différent, parce que dans une économie sobre en énergie, ils restent abondants et très bon marché, comme ils l’ont toujours été dans le passé. La nécessité de leur retour au sol est évidente, mais en partie seulement, l’expérience montre qu’on peut brûler ou « exporter » du champ une partie de ce qu’il a produit sans nécessairement épuiser la terre, c’est une question de mesure et de conditions locales. De toute façon tous ces matériaux finiront bien par retourner au sol un jour, ils ne sont que momentanément détournés de cette destination, et la quantité qui en est produite tous les ans est de plusieurs dizaines de fois supérieure à ce que le bâtiment, même très excité comme aujourd’hui, peut absorber. Par conséquent la légitimité de leur usage comme isolant est à mes yeux acquise.

Il faudrait juste vérifier pour le liège, produit d’une culture originale, et disponible en quantité relativement limitée. Je ne suis pas sûr du tout qu’on pourrait généraliser son emploi dans la construction, surtout si on devait abandonner le plastique et le caoutchouc dans les objets comme les bouchons de bouteille, où le liège a vraiment sa place. Par contre pour la paille il n’y a aucun doute.

Jadis, comme tu dis (au 19ème siècle, en fait), on faisait des objets en plastique avec des matières premières agricoles, et on le faisait à la ferme : on trouve encore des moules à plastique dans les greniers. La chimie du plastique n’est jamais qu’une branche de la chimie organique, et le pétrole n’est que de la matière végétale sous une forme un peu particulière. À cette époque, on récupérait soigneusement la cire d’abeille, la résine des pins, etc. Et on faisait 2 000 fois moins de plastique qu’aujourd’hui.

Dans une « économie naturelle », l’allocation des ressources à tel ou tel usage se fait spontanément, selon leur abondance et la peine qu’il faut prendre pour se les procurer (c’est la fameuse « main invisible » qui règle tout sans que le souverain, ses tribunaux ou ses ministres n’aient à s’en occuper). Qu’on soit paysan, charpentier ou maître d’école, on utilisera le bon bois pour la charpente et l’ébénisterie, le moins bon pour le chauffage, et le copeau comme isolant, ou comme litière pour le bétail (et les toilettes...).

N.C. : pour le liège, c’est un peu pareil que pour le bois. J’ai visité les usines au Portugal. Le liège est d’abord récupéré pour faire du bouchon de haute qualité. Tout au long la chaîne de production, il y a des déchets transformés en co-produits :
- lors du ramassage, les écorces trop abîmées, trop petites, de qualités inférieures sont envoyées pour faire de l’isolant expansé.
- lors du tri pour la fabrication des bouchons, les écorces sont réparties entre différentes qualités qui vont déterminer le type et la qualité du bouchon.
- lors de la fabrication, les chutes et les poussières vont être récupérées pour faire de l’aggloméré de liège ou comme source d’énergie.

C’est une chaîne où rien ne se perd et il existe une quantité incroyable de produits à base de liège. Le liège expansé pour l’isolation n’est qu’un petite part du processus :
- liège comme joint de dilatation (sur les pistes d’aéroport par exemple)
- liège comme joint d’étanchéité
- liège (expansé ou non) isolant phonique (en plaques, rubans, etc.)
- liège isolant thermique
- liège pour la décoration
- liège pour bouchons, et j’en oublie.

Comme toute une vieille industrie est basée dessus, la ressource est protégée et non sur-exploitée. L’écorce est récoltée tout les 9 ans sur les chênes-liège. Bien-sûr, l’arbre n’est plus aussi bien protégé des agressions (intempéries, feu, nuisibles). Pierre pourra peut-être nous éclairer ou nous donner du discernement sur cette culture. D’un point de vu technique, l’utilisation du liège en isolation ne doit être conseillé, à mon avis, que dans des cas où il y a risque de reprise d’humidité. En effet, c’est un des rares matériaux naturels européens qui résiste très bien dans le temps à l’humidité (il y a peut être aussi le roseau, merci à ceux qui peuvent enrichir cette information). Donc je ne l’utiliserais pas pour une isolation de toiture, par exemple. D’autant que d’un point de vu géobiologique, il est considéré comme ayant un effet perturbateur des ondes électromagnétiques cosmotelluriques (peut être intéressant dans certains cas).

X.M. : ce que je veux souligner, c’est la notion de subjectivité de « vraiment sa place ». Le liège a vraiment sa place sur les bouteilles, sous-entendu plus qu’en isolant du bâtiment ? Il y a du bon, et moins bon bois pour tel et tel usage, indépendamment de chaque profession ? [...] Tu vois ces grands spécialiste qui déclarent que l’ortie est une mauvaise herbe, pour des raisons de domination économique, ils seront suivis de près par l’opinion publique manipulée. L’ortie ça pique = c’est pas bon, ça n’ira pas plus loin. J’insiste donc en disant qu’il n’y a pas de moins bonne ou de meilleure ressource pour tel et tel usage, il n’y a que des avis individuels qui doivent trouver un consensus, comme on dit là-haut. chêne liège Moi aussi j’avais un grenier en Ariège où je trouvais des moules de jouets en alliages de plomb, nous avions appris à faire de la colle à papier avec de la résine de cerisier, la colle de cocut (de coucou), des skis sur herbe avec des douelles de tonneau savonnées, alors que leur vraie place était celle des barriques.

Mais aussi ma grand mère nous mettait vite de l’huile sur la peau quand nous nous brûlions, elle nous bombardait dans le tee shirt des bouffées de DDT pour faire partir les puces, le même que celui du poulailler... Ah, ce glorieux passé... qui est tout était tout en contradictions, pas moins qu’aujourd’hui.

Pour le liège, ce que je sais c’est qu’en France nous avions une vrai filière qui a été abandonnée. Pour moi le liège expansé, collé à chaud, en panneaux ou en vrac, a toujours été le summum de l’isolant peu transformé et ses qualité sont extraordinaires, à tout point de vue. Il est magique.

Un article sur ce site, commercial mais bien renseigné : http://maisonnature.free.fr/pages/s....

ndlr : pour en savoir plus sur le liège, voir ici http://www.institutduliege.com/ et aussi là http://www.reynes.fr/html/cheneplus.htm.


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