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Isolant à base de foin et autres co-produits agricoles

Publié le 20 décembre 2009, mise à jour le 21 mars 2012


Échanges mail areso printemps 2009 sur l’usage du foin et autres fibres végétales en isolation.


Luc Floissac (2009mars18) Objet : [areso] Isolant à base de foin :

Ci-joint un lien relatif à un isolant à base de foin http://www.lemoniteur.fr/P_article.php ?id=603066

L’approche technique rappelle celle du chanvre avec après récolte une étape de transformation importante.

Bonne lecture.


Nicolas Canzian (2009mars19)

Le process n’est pas le même que pour le chanvre qui est une paille et qui a besoin d’un défibrage mécanique puissant. Là il s’agit de séparer les différents composants de l’herbe (protéïnes, cellulose, etc.) par un procédé plutôt chimique (genre ensilage) sans doute moins énergivore. Chaque composants devant par la suite fournir des matières premières à différentes filières.

L’idée est d’avoir des petites unités installées un peu partout sur le territoire et non de grosses unités centralisées.

Il faut souligner que le rendement en terme de quantité de cellulose par hectare est apparemment bien plus performant dans une prairie que dans une forêt ou dans une culture de céréales ou d’oléagineux, et que les prairies sont donc d’importantes surfaces de stockage de CO². (pierre, merci de dire si je me trompe).


Pierre Besse (2009mars19)

Je trouve que c’est une bonne idée, cet isolant manufacturé à base de foin.

D’une manière générale, je pense que le chanvre-construction est une idée assez artificielle, je ne comprend pas bien pourquoi on ne fait pas avec de la paille plutôt que du chanvre, c’est beaucoup plus facile à obtenir : c’est gratuit après la moisson, il y en a autant qu’on veut, on n’a pas besoin de faire l’investissement de la mise en culture pour l’avoir, parce que c’est un co-produit, alors que le chanvre il faut quand même bloquer de la terre, labourer et semer exprès, on n’en tire rien ou presque rien de comestible, on s’emmerde pour le récolter, et après c’est assez délicat à transformer.

Le foin c’est autre chose. Ce n’est pas un co-produit mais un vrai produit agricole, normalement destiné à nourrir le bétail, mais ça s’obtient sans labour ni frais de culture (pour autant que ça provient d’une prairie naturelle de longue durée, ce qui n’est pas sûr...) et ça se récolte facilement. Il faut sacrifier un peu de lait ou de viande mais pas tant que ça, à priori je trouve ça plus intéressant que le chanvre.

Sur la production brute de cellulose à l’ha, je n’ai pas de chiffres sous la main mais je pense que c’est comparable entre une prairie, une forêt et un champ de céréales. C’est seulement la forme chimique qui diffère : cellulose presque pure pour du foin, mélangée à un peu de lignine pour la paille, et à beaucoup de lignine pour le bois.

Concernant le stockage de CO2 : la forêt âgée arrive loin devant, avec beaucoup de carbone dans le sol et beaucoup dans le bois, la prairie arrive en second avec autant de carbone dans le sol que la forêt, mais presque pas au dessus du sol, la biomasse de l’herbe étant minime. Et les parcelles cultivées arrivent loin derrière, avec une quantité de carbone minime au dessus du sol, et dans le sol, deux à trois fois moins que la forêt et la prairie.

Le point important, c’est que quand le sol n’est pas labouré ni travaillé d’aucune manière, il s’y accumule de l’humus en quantité, jusqu’à 5 ou 6 % en poids par rapport à la partie minérale du sol. ça fait de très grosses quantités. Mais dès qu’on laboure une forêt ou une prairie, l’humus s’oxyde et son taux descend très rapidement, en gros de moitié en quelques années, comme si on l’avait brûlé.

Si on arrête de labourer et qu’on rend le sol à de la végétation permanente, le taux d’humus remonte mais beaucoup plus lentement. Dans tous les cas, que ce soit pour des aliments ou des matériaux, il vaut bien mieux avoir recours à des productions "spontanées", ne nécessitant pas de travail du sol : fruits, bois, feuille, foin de prairie naturelle, ou bien à des co-produits comme la paille, qu’à des produits ayant nécessité un labour.

Je sais pas si ça répond bien à ta question.


Nicolas Canzian (2009mars20)

Merci Pierre pour ta réponse qui nous éclaire.

Il y a juste un point où j’aimerais aller plus loin : la culture du chanvre.

Si l’on ne cultive le chanvre que pour la paille, je rejoins tout a fait ton jugement : cela n’a pas un grand sens, c’est même un non-sens. Mais pour moi, la paille de chanvre est un co-produit comme peut l’être la paille de blé.

Merci de me corriger si ce qui suit n’est qu’un tissu d’âneries.

D’un point de vu nutritionnel et environnemental, il me semble que l’on devrait cultiver un peu moins de blé et un peu plus de chanvre. En effet, nous mangeons trop et surtout trop de viandes, de poissons et de céréales et pas assez de fruits et de légumes. Les cultures de céréales, de tournesol, de soja servent pour une grande part à nourrir du bétail ce qui consomme une grande part de terres qui pourraient être utilisées à d’autres cultures. De plus, nous consommons des huiles de mauvaises qualités. ;Les poissons, le gibier sauvage contiennent des graisses de bonne qualité alimentaire, mais les ressources sont très fragiles.

Or le chanvre permet de produire une huile d’une très grande qualité alimentaire (plus équilibrée que le tournesol ou le colza), certes très fragile car elle s’oxyde rapidement, ce qui pose des contraintes de stockage.

Donc il faut d’abord cultiver le chanvre pour le chènevis et utiliser le co-produit paille pour, par exemple, l’isolation.


Pierre Besse (2009mars20)

Merci de ta remarque, ça me permet d’aller un peu plus loin.

Je ne suis pas, mais pas du tout, contre le fait de cultiver du chanvre. Ce qui me laisse perplexe, c’est le fait de monter une filière quasi entièrement sur le débouché économique de la paille de chanvre comme isolant pour le bâtiment, dans des conditions globales où la graine ne représente qu’un débouché très marginal (rarement récoltée d’ailleurs), et où la fibre non plus ne trouve presque plus de débouchés. Si on n’a que l’usage comme isolant pour justifier la culture, je ne comprend pas bien pourquoi on ne préfère pas la paille de céréale.

A partir du moment où la vente de l’huile ou surtout de la fibre justifie la mise en culture par un débouché suffisamment rémunérateur, il est tout à fait bienvenu de proposer la chènevotte comme isolant, comme tout autre co-produit agricole, comme la paille de céréale.

Aujourd’hui la demande en huile de chanvre reste tout à fait confidentielle, le rendement/ha en huile est toujours très faible par rapport à celui des oléagineux courants, dans notre région d’ailleurs la plante ne produit de graines que si l’été est assez humide. Pour le moment ça n’est pas ça qui justifie l’extension de la culture. La fibre c’est un peu pareil, le vêtement en chanvre se développe peut-être et c’est très bien, et la fibre a sans doute des mérites à faire valoir en papeterie face à la fibre de bois, mais aujourd’hui les débouchés de la fibre de chanvre sont assez minimes et ne justifient pas non plus la mise en culture de nouvelles zones de production. Bâtir une filière entière de culture, comme c’est le cas dans notre région pour Agrofibra, quasi-uniquement sur le débouché de l’isolation des bâtiments, c’est artificiel dans la mesure où on ferait aussi bien pour moins cher avec de la paille de blé, ça repose surtout sur un effet de mode en faveur du chanvre, et économiquement c’est fragile, pour cette raison.

Mais bon c’est toujours nettement mieux que de faire du polyuréthane.

Aujourd’hui en France je crois que plus ou moins le tiers du blé produit finit en alimentation animale, d’accord que c’est un gaspillage, mais ce n’est pas en gaspillant des heures de tracteur à faire du chanvre inutile qu’on résoudra ce problème.

Le colza et le tournesol, s’ils sont cultivés proprement (= bio), et si l’huile est extraite correctement (pressage à froid, pas de solvants, etc.), fournissent des huiles alimentaires de très bonne qualité, en quantité au moins dix à vingt fois supérieure au chanvre, à l’ha. Si l’huile de chanvre a des propriétés particulières, de toute façon sa production est aléatoire et son rendement très faible, donc elle restera marginale.

Fondamentalement, je pense que l’intérêt du chanvre est dans la fibre pour le textile. Mais depuis plus d’un siècle, le nylon d’un côté, le coton de l’autre ont fait baisser le prix de la fibre textile au point que dans nos pays il n’est plus du tout rentable de faire pousser du chanvre pour la fibre. En dehors de la laine (elle aussi presque totalement importée d’ailleurs...), nous dépendons entièrement pour nos vêtements de textile de synthèse (du plastique, quoi), et d’une culture coloniale, particulièrement polluante par ailleurs (sauf la toute petite filière coton bio, non polluante mais tout aussi coloniale). Ce ne sont pas des solutions "durables" ni moralement très satisfaisantes. Il nous faudra revenir à cultiver nous-mêmes notre chanvre pour notre textile, (et notre lin aussi), et alors nous auront en quantité de la chènevotte pour l’isolation des bâtiments, qui se présentera avec le même profil écologique que la paille de blé aujourd’hui : co-produit disponible gratuitement, sans impact écologique propre.

Quand nous serons prêts - ou contraints - à payer le vrai prix de nos vêtements, nous nous habillerons en chanvre et en lin local et bio, nous aurons de la paillette de lin et de la chènevotte en abondance et gratuitement pour isoler les bâtiments, pour la litière du chat, pour pailler le jardin, etc.

Ensuite il reste l’usage psychotrope. Moralement, économiquement, écologiquement et politiquement, il vaudrait bien mieux cultiver nous-mêmes notre chanvre à fumer que de l’acheter à des mafias internationales, mais bon, c’est encore autre chose.


Nicolas Canzian (2009mars20)

Merci Pierre,

Tu as grandement raison. Juste un complément. Quand je parle de qualité d’huile de chanvre, je parle de l’équilibre organoleptique en acides gras saturés et insaturés notamment qui est largement supérieur au tournesol et au colza et équivalent à certains poissons et je préfèrerais consommer de l’huile de chanvre que de consommer de l’huile de poisson. Mais c’est vrai que cet usage est marginal pour l’instant et je tiens à dire que je ne défends pas le chanvre en particulier mais que cela fait parti d’une des cultures dont la paille est utilisable.

De plus, Agrofibre n’a pas été monté pour la filière bâtiment seule mais plus généralement pour l’usage du chanvre en tant que fibre technique. La fibre de chanvre peut en effet avantageusement (plus léger, plus résistant) remplacer les fibres de verre dans les matériaux composites (fibre + résine) que l’on cherche de plus en plus à fabriquer en matières fortement renouvelables et au bilan carbone positif. Les usages papetier ou textile tissé n’ont pas été envisagés.

Quant à fumer : je m’étouffe !


calle
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  • Bonjour, Je me permets d’intervenir sur ce forum car je me pose une question : pourquoi n’utilise-t-on pas de la fibre de colza pour faire de l’isolation ? Je ne sais pas comment cela est envisageable ni l’efficacité de ce matériaux, mais cela viendrait faire double emploi : on cultive la graine pour l’huile et on récolte la paille pour une fibre végétale isolante. Je n’ai pas trouvé d’article avec cette paille en qualité d’isolant, pourquoi ? Merci de m’éclairer à ce sujet.

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